DÉCOUVERTE

C'est après plusieurs visites dans la grotte et l'observation de dessins d'animaux et de mains peintes que Henri Cosquer déclare au DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines), le 3 septembre 1991, la découverte de la grotte qui portera son nom.

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SITUATION GÉOGRAPHIQUE

La grotte Cosquer est située sur la commune de Marseille (Bouches-du-Rhône), sur le littoral du parc national des Calanques, entre les villes de Marseille au nord-ouest, d’Aubagne au nord-est et de Cassis à l’est. Elle est insérée entre les épais bancs de calcaire urgonien du cap Morgiou, entre le mont Puget (563 m) et les monts de Marseilleveyre (432 m), au lieu-dit la Pointe de la Voile. Cette zone de falaises abruptes plongeant dans la mer regorge de cavités émergées ou sous-marines.

L’accès actuel à la grotte Cosquer se fait par une entrée (l’entrée originelle) située à 37 m de profondeur et en suivant un boyau remontant submergé qui débouche sur la « Plage » de la Salle 1.

France Carte Cap Morgiou
Situation Marseille et son environnement montagneux et maritimeLe cap Morgiou et Marseille
Pointe de la Voile réglementationTriperie
Cap Morgiou,vue zénithaleCap Morgiou, carte marine et zones règlementéesLe cap Morgiou
 
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DESCRIPTION


Le site géologique
Le cap Morgiou, dans lequel se développe la grotte, forme un long éperon rocheux recouvert d’une rare garrigue où domine le chêne kermès (Quercus coccifera). Il surplombe la mer sur trois côtés et sépare les calanques de Sormiou et Morgiou. Ses hautes falaises plongent verticalement dans la Méditerranée. La côte montagneuse des Calanques est doublée au sud par l’archipel des iles de Riou. Lors de la dernière glaciation, alors que le rivage se trouvait à plusieurs kilomètres au sud, l’étendue entre ces deux massifs formait un plateau steppique clos sur trois côtés. Ce plateau, ouvert au sud-est, était propice aux grands herbivores (chevaux, bisons, aurochs, cerfs élaphes, mégacéros) et à leur chasse. Les massifs de Marseilleveyre, de Saint-Cyr et de Puget, qui surplombent aujourd’hui le littoral, étaient alors des montagnes peuplées de caprinés, rupicaprinés et antilopinés (bouquetins, chamois et saïgas). Au maximum de la régression würmienne, on estime le niveau local de la mer 135 m plus bas que le niveau actuel, ce qui situe le littoral pléistocène à plus de six kilomètres de la cavité. Les hommes trouvaient là des animaux marins, phoques et pingouins notamment. La proximité de ces trois biotopes, mer, plaine à graminées et montagne, rendait cette région particulièrement propice aux chasseurs-cueilleurs du paléolithique. L’accès a été noyé par l’ingression marine postglaciaire il y a environ 9 000 ans.

Les Goudes et Riou Du cap Morgiou à l'ile Maïre Maïre et les Calanques
Panorama
 
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Topographie

Texte topo histoire et perspective (en construction)

 
Coupe S-N Coupes Shéma topo
Coupe générale Coupe des secteurs exondés Schéma topo
Plan des salles
Plan des secteurs exondés 3D positionnement
 
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La grotte

Préservée depuis de la fréquentation humaine, la partie encore exondée de cette caverne nous permet d’approcher un lointain passé dont la plupart des traces ont aujourd’hui disparu sous la mer. Seul un cinquième des surfaces de la cavité exploitables par les artistes du Paléolithique supérieur nous est parvenu. Le reste est aujourd’hui noyé et toute trace humaine lessivée par la Méditerranée.

L’entrée du siphon est située à - 37 m de fond sur le replat d’un tombant rocheux descendant jusqu’à - 40m où l’on retrouve un fond plat de sable-vase. Le porche fait 1,80 m de haut pour 3 m de large. Il débouche dans une petite salle de 16 m de longueur pour 4 m de large et 5,90 m de haut, orientée sud-nord comme tout le siphon qui est quasiment rectiligne. A 48 m de l'entrée et à 26 m de profondeur, un diverticule latéral s'ouvre vers l'ouest sur une dizaine de mètres. Toujours dans le même axe, on trouve ensuite un corridor de 3 m de hauteur moyenne, remontant sur 55 m jusqu'à la profondeur de 8 m. A 70 m de l'entrée, le corridor change d'aspect : la pente devient plus forte, la hauteur diminue, 1 m en moyenne pendant 27 m jusqu'à la profondeur de 4,5 m. A l'ouest et à l'est s'ouvrent alors de vastes cavités, sous plafond bas, qui sont les prolongements de la salle I sous l'eau. A l'est, un chaos formé par d'anciens massifs stalagmitiques effondrés, limite la largeur de la galerie alors qu'à l'ouest se trouve un champ de colonnes. A 116 m de l'entrée, on rejoint la surface libre dans la grotte et il ne reste qu'à parcourir les 21 m qui séparent de " la Plage " d'arrivée. Total du cheminement depuis le porche : 137 m.

La grotte est constituée de deux salles :

- la Salle 1, qui est la plus grande, où débouche le siphon de la galerie d'entrée. C'est dans cette salle que se situe la quasi-totalité des peintures et des dessins : chevaux, bisons, cerfs, bouquetins, félin, de nombreuses gravures et des tracés digitaux, ainsi que, dans la partie est, des mains négatives rouges et noires.

- la Salle 2 est légèrement plus petite que la première. On peut y accéder après la Salle 1 par deux passages assez étroits : le « Hublot » et la « Porte des Bisons ». Le sol y est essentiellement hors d'eau et il est possible d'observer de nombreuses traces laissées par l'homme préhistorique : zones charbonneuses, gravures au sol, etc. Les œuvres sont principalement constituées de nombreuses gravures.

À l'est de la salle, le Grand Puits plonge à 21 m de profondeur et monte à plus de 40 m de hauteur (la partie supérieure du puits, aux parois verticales, n'a jamais été fréquentée par l'homme préhistorique).

À l'ouest de la salle se trouvent une petite étendue d'eau ainsi que le Petit Puits qui a une profondeur d'une dizaine de mètres.

Les sols des deux salles sont recouverts, dans la plupart des zones, d'un plancher stalagmitique qui s'est installé sur une couche cendreuse. Sans doute présente sur l'ensemble de la surface de la grotte avant la montée des eaux, cette couche noire ne peut plus être observée que par endroits. Elle est constituée de charbons écrasés mélangés à du sédiment argileux et à la suie dégagée par les moyens d'éclairage utilisés lors des visites, pendant les milliers d'années de fréquentation et qui ont encrassé sols et parois (cf. traces de lessivage de la paroi marquée par le mouvement de la laisse d'eau dans le secteur 101, Panneau des Chevaux). Il est possible d'observer, dans les zones où l'eau n'est pas encore arrivée, de nombreuses traces d'activité humaine :

- traces d' éclairage fixe ou mobile ;

- foyers avec de nombreux charbons ;

- gravures réalisées à même le sol ;

- empreintes positives de mains de jeunes enfants imprimées dans le mondmilch (ces traces peuvent être situées dans des zones actuellement inaccessibles à des enfants) ;

- cassures volontaires de concrétions dont certaines, de fort diamètre, prouvent le bris intentionnel ayant nécessité un véritable travail. Leur localisation fait exclure un dégagement utilitaire afin de créer un passage.

Dans la partie exondée de la grotte (soit un cinquième de la cavité), toutes les surfaces actuellement accessibles (même difficilement) ont été utilisées par l'homme pour réaliser des gravures, des tracés digitaux et des dessins. Il est donc légitime de supposer qu'il en fut de même dans les zones immergées. Dans ce cas (en multipliant le corpus des œuvres pariétales par 5), la grotte Cosquer serait la grotte la plus richement ornée à ce jour en Europe.

 
LUSTRES SM
les Lustres vision sous marine
   
paysages grotte (en construction)  
   
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Règlementation

règlementation
 

DATATION

Une des particularités de la grotte Cosquer est la densité des traces laissées par les hommes préhistoriques. Cette particularité signe une fréquentation abondante sur une très longue période (Gravettien - Épigravettien) qui pourrait concorder avec la qualité du lieu et la variété de ses ressources.

Initialement, conformément aux connaissances du moment et aux classifications stylistiques établies par Henri Breuil et André Leroi-Gourhan, deux phases de fréquentation avaient été définies (Clottes-Courtin 1994) : la phase I correspondant au Gravettien (avec les tracés digitaux et les mains négatives) et la phase II au Solutréen (avec les représentations animales peintes et gravées).

Cependant, la tendance de la recherche archéologique s'oriente vers une grande stabilité des faciès culturels en Provence (à l’est du Rhône), où les traditions gravettiennes italiques perdurent, devenant un Épigravettien, sans influence visible des cultures rhodaniennes et atlantiques (Solutréen - Magdalénien). A partir de 2003, la découverte d'ensembles graphiques représentant des animaux gravés dans un style particulier et recouverts par des mains négatives noires, nous amène également à réviser la proposition initiale. De plus, rien dans la poursuite de l'étude de la grotte ne nous a permis d'affirmer une discontinuité dans la fréquentation du site par l'homme.

Afin de confirmer cette nouvelle approche, de nouveaux prélèvements pour analyse 14C et 230Th / 234U ont été réalisés en 2011.

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ÉTAT DE LA RECHERCHE

Historique des travaux

Tout de suite après la déclaration de découverte faite par Henri Cosquer, une opération d'expertise a été organisée et conduite par Jean Courtin (CNRS), du 19 au 21 septembre 1991, à la demande du ministère de la Culture et de la Communication (Direction de l'architecture et du patrimoine). Cette opération a permis d'authentifier les figurations et, par des prélèvements de charbons, d'établir une première datation des dessins à 18 440 +/- 400 14C BP.

La grotte est classée au titre des monuments historiques par arrêté du 2 septembre 1992 : "...]parcelle et l’ensemble des vestiges archéologiques qu’elle contient et notamment les grottes Cosquer, de la Triperie, du Figuier, du Renard et leurs réseaux (cad. K111)".

Des campagnes de relevés et d'études ont eu lieu en 1992 et en 1994 sous la responsabilité scientifique de Jean Courtin (CNRS) avec la participation du DRASSM. Une datation plus ancienne est établie en 1992 sur des mains noires : + /- 27 000 14C BP (Gravettien).

Une équipe formée par Luc Vanrell a assumé l'organisation de tous les travaux (mise en sécurité, conservation, relevés de données et maintenance des appareils de mesures disposés dans la grotte), tout d'abord sous le contrôle du DRASSM (de 1995 à 2000), puis du SRA (à partir de 2000).

En 2000 la grotte passe sous l'administration du SRA (Service régional de l'archéologie de la Direction régionale des affaires culturelles PACA du ministère de la Culture et de la Communication, Direction de l'architecture et du patrimoine).

Entre 2001 et 2003, plusieurs opérations de recherches archéologiques programmées sont organisées, sous la responsabilité de Luc Vanrell avec la participation de Xavier Delestre et Michel Olive (SRA - DRAC PACA). Jean Courtin et Jean Clottes ont participé à ces opérations en 2002 et 2003.

A partir de 2004, le Service régional de l'archéologie a confié à Luc Vanrell et Michel Olive la responsabilité de la poursuite des travaux de conservation et des relevés ainsi que la maintenance des appareils de mesure et l'organisation de gros travaux de sécurisation. A ces occasions, le corpus des œuvres et la connaissance de la grotte ont été enrichis par de nouvelles découvertes.

En 2010, à la suite de nombreux évènements climatiques et sismiques puissants et de leur impact bien visible dans la grotte, une campagne de surveillance systématique est conduite. Parallèlement, une étude est menée à l'initiative de la DRAC PACA (SRA) afin de réaliser un relevé tridimensionnel par laser de la totalité de la grotte. Une expérimentation en très haute définition (12µm de finesse) a été faite dans la zone du Panneau des Chevaux avec l'implantation de points topographiques sur l'ensemble de la surface de la grotte.

En 2011, une étude est entreprise pour situer le plus précisément possible la grotte dans le karst littoral et la raccorder au réseau géographique national. Des émetteurs à ondes courtes sont placés dans la grotte et repérés à l'extérieur par des clous et par des coordonnées GPS.

En 2011 et 2012, les recherches dans la grotte sont suspendues.

En 2013 : reprise des travaux de prospection-thématique sur les œuvres pariétales et suivi des risques climatiques et sismiques.

En 2013, l'arrêté préfectoral N°158 / 2013 de la Préfecture Maritime de la Méditerranée interdit tous travaux sous-marins dans un cercle de 1 000 m de rayon centré sur le cap Morgiou, la plongée sous-marine et le mouillage dans un rayon de 300 m centré sur la Pointe de La Voile ainsi que l'accès à la grotte Cosquer. Il abroge l'arrêté préfectoral N°57/91 du 12/11/91.

 

Relevés pariétaux

Le nombre élevé d’entités graphiques permet d’affirmer que la grotte Cosquer fut l’un des grands sites d’art pariétal européen, à l’instar de Lascaux, Altamira ou Chauvet.

En 2014, le bilan des travaux d'inventaire a permis de mettre en évidence 513 entités relevées dont 194 animaux, 73 mains (dont 69 négatives) et 225 signes géométriques.

11 espèces ont pu être identifiées et se répartissent de la façon suivante :

ENTITÉS graphiques

Nbre 2003

Nbre 2013

Nbre 2014

Écart 13/14

% par ensembles

% sur le Total

 

CHV (chevaux)

63

74

80

+6

41,40 %

15,58 %

 

BOQ (bouquetins)

28

28

28

 

14,60 %

5,44 %

 

BIS (bovinés)

24

22

24

+2

12,54 %

4,66 %

 

CER (cerfs et biches)

15

15

15

 

7,90 %

2,91 %

 

PHO (phoques)

9

11

11

 

5,84 %

2,13 %

 

CHA (chamois)

4

4

5

+1

2,78 %

0,96 %

 

POI (poissons)

2

1

3

+2

1,70 %

0,57 %

 

PIN (pingouins)

3

3

3

 

1,70 %

0,57 %

 

MEG (mégacéros)

2

3

3

 

1,70 %

0,57 %

 

SAI (saïgas)

1

2

2

 

1,20 %

0,37 %

 

FEL (félin)

1

1

1

 

0,68 %

0,18 %

 

AIN (animaux indéterminés)

22

22

19

-3

7,96 %

3,69 %

 

Sous Total Animaux

174

188

194

+8

100,0 %

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

HUM (humains)

1

2

2

 

 

0,37 %

 

Sous Total Humains

1

2

2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MNN (mains négatives noires)

44

44

45

+1

61,64 %

8,76 %

 

MNR (mains négatives rouges)

21

23

24

+1

32,88 %

4,66 %

 

MPE (mains positives d’enfants)

 

3

3

 

4,11 %

0,57 %

 

MPA (mains positives d’adultes)

 

1

1

 

1,37 %

0,18 %

 

Sous Total Mains

65

71

73

+2

100 %

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IND (entités indéterminables)

19

15

15

 

 

2,91 %

 

SGN (signes)

136

224

225

+1

 

43,84 %

 

AUTRES

7

 

 

 

 

 

 

Sous Total  Signes et Ind

162

239

240

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ACO (animaux composites)

3

7

6

-1

 

1,15 %

 

Sous Total Animaux Composites

3

7

6

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TOTAL GENERAL ENTITÉS

405

507

513

+6

 

100 %

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Industrie lithique

11

15

17

+2

 

 

 

 
phase ancienne
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CONSERVATION

C'est l’accélération annoncée de la remontée du niveau mondial des océans (commencée avec la débâcle würmienne), liée au réchauffement climatique, qui est la plus préoccupante. La perte progressive de ce qui reste de ce site majeur sera certainement la suite logique de ce phénomène (l'ennoiement de la cavité a commencé lors de l'ingression marine postglaciaire, il y a environ 9 000 ans). Nous avons pu remarquer, au niveau du Panneau des Chevaux, une brusque montée de quelques centimètres du niveau moyen de l'eau.

Les risques anthropiques pouvant provoquer une pollution du site sont extrêmement nombreux. La mer Méditerranée est une zone très fréquentée par des navires de tous types. En particulier, la proximité du port pétrolier de Fos-sur-Mer engendre un trafic de matières sensibles. Un risque bactériologique existe également en raison du rejet d'eaux usées à proximité de la grotte (exutoire, dans la calanque de Cortiou, des égouts de Marseille et de 15 autres communes raccordées, ce qui en fait la plus grande station souterraine de traitement des eaux au monde). En l'absence de courant marin, ce sont ces eaux qui baignent la grotte en y pénétrant par des fissures sous-marines. Un risque chimique y est également associé du fait des produits chlorés utilisés pour le traitement des effluents (chlorure ferrique notamment, surtout en août, période de surpopulation touristique, d'orages et d'absence de courant marin).

Des risques structurels menacent également le site. En effet, la grotte se développe dans un massif karstique constitué de couches de calcaire barrémien à faciès urgonien. Chaque strate est séparée de la suivante par une couche argileuse qui concentre la circulation de l'eau. Un fort pendage des strates en direction du sud/sud-est fait que les couches ont tendance à glisser, l'une sur l'autre, dans le sens de la pente. Ces déplacements sont visibles dans la grotte.

Les risques sismiques sont tout aussi importants que les précédents. La région PACA est la plus soumise de toute la France à ce type de danger. Le rapprochement de la plaque africaine (au sud) qui vient buter contre la plaque eurasienne (au nord) explique l’existence de la faille de la Durance et le nombre impressionnant de séismes qui ont lieu chaque année (il se produit, dans la région, au moins trois secousses par an d'une magnitude supérieure à 3).

eustatisme Risques telluriques pollution
conservation et eustatisme risques sismiques et structuraux risques anthropiques
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